La Suisse et l’Europe
Ce que les bilatérales régissent — et ce qui est vraiment en jeu.
La relation de la Suisse avec l'UE est l'un des sujets les plus complexes et les plus mal compris du débat actuel. Les Bilatérales I relient sept accords par une clause guillotine qui les lie les uns aux autres. Fin 2025, environ 838 600 ressortissants suisses vivaient à l'étranger — la grande majorité en Europe. DFAE / OFS 2025
Chiffres clés
Suisses de l'étranger dans le monde (fin 2025)
Majorité dans les États UE/AELE — DFAE / OFS 2026
Ressortissants UE/AELE en Suisse, dont plus de 81 % actifs professionnellement (fin 2025) — SEM / OFS 2026
Croissance du PIB par habitant 2000–2022, correspondant à la moyenne ouest-européenne — IWP Université de Lucerne 2024
De l'immigration 2025 en provenance de l'UE/AELE (411 000 frontaliers quotidiens, OFS T4 2025) — SEM 2026
Ce que régissent les bilatérales
Libre circulation des personnes · Transport terrestre · Transport aérien · Recherche · Agriculture · Obstacles techniques au commerce · Marchés publics. Les sept accords sont liés par la clause guillotine : si la Suisse dénonce l'accord sur la libre circulation, tous les autres cessent automatiquement d'être en vigueur.
Schengen régit la liberté de circulation en Europe : pas de contrôles aux frontières intérieures, mais des frontières extérieures communes. La Suisse est membre de Schengen depuis 2008 — ce qui donne à la police et aux garde-frontières accès au Système d'information Schengen (SIS), avec des données de recherche à l'échelle européenne. Dublin détermine quel État est responsable d'une demande d'asile : en principe, le premier pays sûr. Grâce à Dublin, la Suisse peut renvoyer vers un État de l'UE les demandeurs d'asile qui y ont été enregistrés en premier. La suppression de la libre circulation met également en péril Schengen et Dublin. Sans Dublin, la Suisse devrait traiter des demandes d'asile de personnes déjà déboutées dans l'UE — selon le Conseil fédéral, les chiffres de l'asile augmenteraient massivement. La police et les garde-frontières perdraient l'accès aux bases de données européennes de recherche criminelle. DFAE / NZZ 2026
Fin 2025, environ 838 600 ressortissants suisses vivaient à l'étranger, majoritairement dans des États UE/AELE. Grâce à la libre circulation, ils peuvent y vivre et travailler sans autorisation spéciale. En cas de suppression de la libre circulation, il est à prévoir que les Suisses dans l'UE seraient soumis à des restrictions équivalentes. DFAE / OFS 2026
Vérification des faits
Cela dit : si les mesures prises sans dénonciation de la libre circulation s'avèrent insuffisantes, une forte pression politique s'exercera.Conseil fédéral / Bluewin 2026 ■ Simplifié — mais risque réel
Zur Abwägung
ARGUMENT CONTRE L'INITIATIVE
Les Bilatérales I garantissent à la Suisse des accès essentiels au marché. Leur suppression affecterait simultanément le transport terrestre, le transport aérien, les coopérations en matière de recherche et l'agriculture. De plus, sans Dublin, la Suisse deviendrait une île d'asile — un effet qui contredit l'objectif même de l'initiative. (Conseil fédéral / DFAE 2026) Dans l'opinion publique également, ce risque demeure central : pour les opposants, l'argument principal est que l'initiative conduirait à la dénonciation des accords bilatéraux avec l'UE — avec de graves conséquences pour l'économie exportatrice (46 % citent cela comme argument principal). Une aggravation de la pénurie de main-d'oeuvre qualifiée est également redoutée, notamment pour les PME et le secteur de la santé. Parallèlement, le sondage actuel montre que si l'initiative atteint une courte majorité (52 % de oui), les opinions sont volatiles et divergent fortement selon le niveau de formation, le revenu et l'appartenance politique. Une partie du camp du non argumente donc de manière stratégique : un oui pourrait certes mobiliser une adhésion à court terme, mais mettrait à long terme en péril la stabilité économique et l'ancrage international.
ARGUMENT POUR L'INITIATIVE
Seule une petite partie de la population évalue clairement de manière positive la croissance
démographique actuelle (Sotomo/NZZ 2025). Le nouveau sondage montre en outre qu'une courte
majorité des électeurs soutient actuellement l'initiative (52 % de oui), ce qui témoigne d'un malaise
généralisé face à l'évolution en cours.
Pour les partisans, ce sont les conséquences concrètes du quotidien qui sont au premier plan :
l'argument le plus fréquent est que l'immigration entraîne une hausse des loyers, une pénurie de
logements et une surcharge des infrastructures (29 %), suivi de près par les préoccupations sécuritaires
(30 %).
Une partie des partisans du oui — y compris des voix proches des milieux économiques en dehors de
l'UDC — argumente également de manière stratégique : une croissance perçue comme incontrôlée
fragilise à long terme l'acceptation politique des relations bilatérales elles-mêmes. Mieux vaut
renégocier maintenant de manière contrôlée que de risquer plus tard un brusque retournement
politique. (Strahm / Infosperber 2026)
Malentendus fréquents
La clause guillotine lie les sept accords des Bilatérales I. Le transport terrestre, le transport aérien, la recherche, l'agriculture, les obstacles techniques au commerce et les marchés publics disparaîtraient également.
Contre-intuitif, mais documenté : sans l'accord de Dublin, la Suisse devrait traiter des demandes d'asile de personnes déjà déboutées dans l'UE. Selon le Conseil fédéral, le nombre de demandes d'asile augmenterait massivement — soit l'exact contraire de l'effet recherché. (NZZ / DFAE 2026)